L'urbanisme durable
1. Les finalités de l’urbanisme durable
En Europe, 80 % des habitants sont des citadins. Les stratégies politiques de développement durable doivent se préoccuper de façon prioritaire (mais non exclusive) de la ville.
Un des principaux défis de la ville est son étalement… En 1960, chaque français occupait un espace personnel de 170 m², on en est aujourd’hui à 264… Nous sommes encore loin des américains qui occupent une surface moyenne de 500 m², mais la tendance est préoccupante. L’espace occupé par la ville croît en moyenne deux fois plus vite que sa population… Rappelons aussi que 96 % de l’espace consacré au logement sont occupés en France par les maisons individuelles (comprenant les jardins privés) : rappelons aussi que 14 millions de français ne résidaient pas en 1999 dans la commune où ils travaillaient contre seulement 10 millions en 1982 : la prise en compte de ces contraintes de mobilité et de consommation d’espace doit agir comme une contrainte forte sur tous les projets d’urbanisme.
Depuis la révolution industrielle, la ville s’est développée essentiellement grâce à la croissance économique, avec un développement lié à l’implantation des usines, des sièges sociaux des grands établissements, privés mais aussi publics… La structuration du territoire est liée à l’évolution des marchés fonciers qui répartit le territoire entre les activités humaines, les classes sociales…
Le développement urbain durable doit donc être une démarche qui s’inscrit dans la durée, dans la construction permanente de la ville, dans le sens où l’urbanisme durable va réguler ce développement économique par des règles sociales, environnementales et territoriales, en complément de celles mises en place au niveau national et éventuellement au niveau régional (ces deux niveaux étant confondus dans certains pays européens).
L’analyse territoriale présente aujourd’hui les villes ou agglomérations en concurrence les unes avec les autres, que ce soit pour l’établissement des nouvelles technologies, des sièges sociaux, des grands établissements pourvoyeurs d’emplois… De nombreux décideurs locaux pensent que le développement économique est la principale, voire unique voie pour répondre aux différents défis sociaux (chômage, exclusion) et environnementaux (dégradation, pollution) que pose la ville.
Au niveau européen, avec le Schéma de Développement de l’Espace Communautaire (SDEC), comme au niveau national (cf l’appel à projets de la DATAR pour le développement des aires métropolitaines), la tendance est de favoriser le développement de grandes aires métropolitaines reliées entre elles par des infrastructures de transport performantes (TGV, avion, autoroutes), seules capables de rivaliser avec les autres métropoles européennes.
Ce mode de développement, au sein d’agglomérations toujours plus importantes, génère un temps croissant passé dans les transports, temps totalement improductif, souvent décompté du temps de loisirs et générateur de coûts sociaux (accidents, stress…).
Cette structuration du territoires en grandes métropoles pose une première question à l’urbaniste : peut-on concilier métropole et développement durable ?
Le développement durable urbain pose comme hypothèse que la ville a certes besoin d’un développement économique mais que celui-ci doit être mené en respectant les critères du développement durable pour chacun de ses piliers : équité sociale, qualité environnementale, préservation des ressources et du patrimoine, cohérence des territoires. Faute de quoi, le développement économique sera contre-productif et la ville n’atteindra pas ses objectifs de cohésion sociale et de qualité de vie (indispensable pour l’attractivité de la ville).
En clair, le défi des politiques de développement urbain durable est d’introduire dans la ville la négociation, la concertation, le dialogue entre les différents acteurs sociaux, économiques, défenseurs de l’environ-nement et du cadre de vie, … pour rendre durable un développement qui aujourd’hui ne l’est pas.
2. Tentative de définition du développement urbain durable
Voir la rubrique Définitions.
3. Des principes d'action pour un développement urbain durable
La démarche de développement durable est avant tout centrée sur l’homme : « Le développement durable n’a aucun sens sans les droits humains » (Amnesty International). Vingt-huit principes ont été retenus dans la Déclaration de Rio en 1992 dont certains nous paraissent devoir être présents dans les processus de mise en œuvre d’un projet d’urbanisme :
- Le principe de responsabilité
- Le principe de précaution
Les autres principes sont directement présents dans la démarche présentée ci-avant (les trois premiers principes cités ci-après sont repris notamment dans la Stratégie nationale de développement durable) :
- Le principe de solidarité
- Le principe d’équité
- Le principe de gouvernance
- Le principe d’efficacité économique
Le développement urbain durable est une démarche qui doit être pensée pour la conduite de projets urbains, à l’échelle de la ville. Elle se présente à biens des égards comme une révolution culturelle puisqu’elle remet en question les modes de décision, le rôle des acteurs, en un mot les pouvoirs établis. Cette évolution sociale apparaît nécessaire dans une démocratie où le doute, le repli sur soi et l’abstention sont devenus les éléments les plus marquants de la société.
La démarche de développement urbain durable est un pari qui peut constituer une réponse à la « crise sociale » de nos sociétés occidentales.
Cette démarche est aussi une réponse au défi du développement humain. La ville concentre plus de 50 % de la population mondiale et 80 % de la population européenne. Elle est responsable de l’essentiel des émissions de gaz à effet de serre et de polluants atmosphériques, des consommations de matières premières… mais la ville est aussi la source première de richesses, d’échanges et de développement.
La ville doit contribuer au développement durable et, pour cela, disposer des moyens et des outils nécessaires pour une gestion durable de son territoire.
Des outils et méthodes doivent permettre de rendre opérationnelle cette « triple » démarche, solidaire et équitable, participative et transversale (cf. schéma de la Charte SUDEN). Dans la démarche HQE²R certains de ces outils ont été élaborés. Parmi ces outils, nous pouvons citer :
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L’analyse du territoire qui pose les questions du périmètre pertinent et de la prospective, celle-ci devant s’appuyer sur la définition d’objectifs généraux de développement durable qui permettent de prendre en compte tous les champs de la complexité du territoire (cf démarche HQE²R),
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Le diagnostic partagé de développement durable du territoire qui permet de prendre en compte l’ensemble des questions posées par les acteurs du territoire (cf méthode HQDIL de la démarche HQE²R),
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Les échelles de participation qui doivent permettre de définir les règles du jeu de la démocratie participative dans sa relation avec la démocratie représentative (cf démarche HQE²R),
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Les règles de partenariat à établir entre les acteurs : partenaires privés et publics, institutions de l’Etat et des collectivités territoriales, grandes entreprises et entreprises locales ou artisanales, activités salariées ou bénévoles… (cf charte de participation préconisée dans la démarche HQE²R),
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Les critères de hiérarchisation des projets et des cibles : la décision finale est toujours sous la contrainte du temps et du financement : attentes souvent immédiates des habitants alors que l’aménagement se situe dans un pas de temps long, limitation des budgets alloués à chaque opération…(cf système ISDIS de la démarche HQE²R),
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L’apprentissage de nouvelles formes d’organisation et de décision (publique) qui passe par une formation permanente des différents acteurs,
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Le suivi et l’évaluation des actions et des projets (cf modèle INDI de la démarche HQE²R), le retour d’expérience constituant un volet important des démarches de développement durable,
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L’utilisation des outils juridiques et réglementaires,
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La recherche d’outils financiers,
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La communication (dont les labels et certifications) qui constitue souvent le volet le plus important dans notre société privilégiant l’apparence,
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L’assistance à maîtrise d’ouvrage ou maîtrise d’oeuvre (AMO) en développement durable (AMO DD).
5. La démarche intégrée de développement urbain durable
L’objectif de la démarche des fondateurs de l’Association SUDEN (Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin) – qui a été aussi celle du projet européen HQE²R imaginé (1999) et coordonné (2001 – 2004) par les mêmes chercheurs – est de favoriser l’intégration du développement durable dans la mise en œuvre d’un projet de territoire. Pour cela, il ne s’agit pas d’intervenir à une phase du projet urbain mais à chacune des étapes.
A chacune des étapes du projet de territoire, il s’agit de se poser les questions suivantes :
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Comment peut-on mettre en œuvre une démarche solidaire, participative et transversale, en articulant les trois dimensions du développement économique, de la qualité environnementale et de l’équité sociale ?
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De quels moyens, de quelles méthodes et de quels outils doit-on se doter à chacune des étapes du projet pour mettre en œuvre cette démarche globale et intégrée ?
L’objectif n’est pas d’imposer partout et à chaque étape des niveaux minimaux de mise en œuvre de cette triple démarche. Les modalités d’intervention ne sont pas les mêmes, ni à chacune des étapes d’un projet de territoire, ni pour tous les projets. Les rapports politiques ou sociaux ainsi que leur histoire, les compétences, les moyens financiers, la pression en vue d’obtenir des résultats immédiats font qu’il n’y a pas deux démarches semblables de développement durable. Mais si le développement durable ne se décrète pas et ne se normalise pas, il est toutefois possible de se poser les deux questions précédentes à chaque fois qu’un projet d’aménagement ou de renouvellement urbain se dessine.
Le fait même de se poser ces questions implique que le maître d’ouvrage est prêt à remettre en cause les pratiques usuelles et les procédures connues et habituelles et que des objectifs différents ou nouveaux peuvent ainsi être définis dès l’expression de la nécessité d’agir.
La démarche traditionnelle d’un projet urbain repose sur un certain nombre d’étapes incontournables. L’objectif de l’urbanisme durable est d’intégrer la démarche de développement durable solidaire et équitable, participative et transversale à chacune des étapes du projet urbain.
Que ce soit pour le diagnostic, la définition des objectifs, l’écriture du programme, la modification des documents d’urbanisme, la définition des projets, l’écriture des cahiers des charges, la réalisation des travaux, l’accompagnement, le suivi et l’évaluation, le maître d’ouvrage doit se poser les questions d’une démarche solidaire et équitable, participative et transversale.
Cette démarche n’est pas une, elle dépendra de l’étape du projet d’urbanisme mais aussi du contexte politique, économique et de la culture des acteurs.
