Les différentes échelles territoriales des démarches de développement durable
L’intégration du développement durable doit se faire à toutes les échelles territoriales, même si la majorité des décisions se prend aux échelles de l’agglomération, de la communauté de communes ou de la ville.
La démarche de développement durable urbain et l’interaction des différentes échelles territoriales (région, agglomération, ville, quartier, îlot, etc.).
1. La région ou le département
3. L'agglomération ou la communauté de communes
4. La ville (cf. doc joint "La ville et le développement durable")
La ville a été particulièrement absente des débats du sommet de Johannesburg en septembre 2002, alors même que 75% de la population mondiale devraient vivre en ville d'ici l'année 2050 et que cette proportion est déjà atteinte dans la plupart des pays européens.
De même la stratégie française de développement durable présentée à Johannesburg s’est concentrée principalement sur ce qui peut être fait au niveau international : aide au développement, solidarité internationale, Droits de l'Homme et aussi mise en place de régulations environnementales et sociales qui doivent accompagner le processus de mondialisation.
L'ancrage de la ville dans une perspective de développement durable est proposé par le processus d'Agenda 21 Local dont on peut donner la définition suivante :
La complexité de la tche mêlant stratégie et action, le retard des mesures prises en faveur de la protection de l'environnement, la transversalité des projets, la difficile articulation de la relation élus – services territoriaux – population, et le positionnement de la démocratie participative dans les processus décisionnels, font que, pour l'instant, très peu d'expériences ont réellement abouti en France.
Celles qui ont abouti montrent une grande diversité de procédures comme de contenus. La diversité observée est redevable à des contextes urbains extrêmement variés. Toutefois, un des risques de cette variété d’Agendas 21 locaux est leur manque de lisibilité et l’incompréhension de beaucoup de citoyens devant de tels projets.
Il nous semble opportun, au-delà de la définition générale citée ci-avant, de préciser que
La mise en pratique d'un développement durable est donc une démarche qui se déploie aujourd'hui dans la ville . Et nous proposons la définition suivante du développement durable urbain :
Le développement durable urbain est une approche systémique mettant en œuvre simultanément des éléments pouvant être contradictoires entre trois sphères (économique, sociale et environnementale) et devant concilier trois dimensions : long terme par rapport au court terme, global par rapport au local et participation de la population (habitants et usagers).
- Définition du quartier :
Le quartier est une « portion de la ville dans laquelle on se déplace à pied ou, pour dire la même chose sous la forme d’une lapalissade, une partie de la ville dans laquelle on n’a pas besoin de se rendre, puisqu’on y est » (Georges Perec).
La notion de quartier s’impose, le plus souvent, comme la résultante desmécanismes de différenciation morphologique, économique et sociale qui affectent les espaces urbains au fur et à mesure du développement des villes.
L’identité d’un quartier relève souvent plus d’un contexte sociologique que d’une définition purement géographique basée sur la topographie ou l’occupation du sol…
Les analyses récentes de la ville ont montré que le traitement social des quartiers ne suffit plus. Même si la ville (ou l'agglomération) constitue le terrain privilégié des études urbaines, le quartier est une entité vivante où se joue encore une bonne partie de la vie de chacun : la diversité dans le quartier, son intégration dans la ville, la préservation et la valorisation de son patrimoine (naturel, historique, humain), la qualité de vie pour ses habitants, le lien social constituent les axes fondamentaux d’une politique locale fondée sur le développement durable.
Dans le projet HQE²R il a été décidé de se concentrer plus particulièrement sur l’échelle du quartier et de ses bâtiments constitutifs.
Ceci ne veut pas dire que le quartier est étudié ex nihilo et, bien entendu, les partenaires ont été amenés sans cesse à travailler sur les relations du quartier avec les autres quartiers de la ville et sur le positionnement ou le profil du quartier par rapport aux autres quartiers de la ville, sur l’intégration du quartier dans la ville, et donc à analyser également la stratégie de l’agglomération et/ou de la municipalité pour ses quartiers.
- Le renouvellement urbain durable :
Même si un quartier n'a pas pour vocation de devenir autonome et encore moins de vivre en autarcie, les projets de quartier qui mettent en avant simultanément la gestion des ressources et de l'espace, la qualité de vie et la participation des habitants permettent de donnerun sens à la vie de quartier et de faire prendre conscience à ses habitants que leur quartier a un avenir et un rôle à jouer dans la ville ; ce sont des projets de quartier qui intègrent le développement durable.
La démarche HQE²R vise à s'interroger sur l'ensemble des besoins d'un quartier et de sa population et à identifier les problèmes autant économiques que sociaux et environnementaux. Elle doit amorcer une réflexion à long terme sur la vocation future du quartier et rechercher des solutions pour faire du quartier un espace structuré autour de relations sociales, ayant une fonction dans la ville, et une capacité de co-production de biens, de services et de sens.
Cf. Démarche HQE²R, Volume 1 : « L'intégration du développement durable dans les projets urbains », Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin, 2004 (ccv@wanadoo.fr) et/ou Cahier HQE²R n° 1 : « HQE²R : Une démarche pour intégrer le développement durable dans les projets d’aménagement et de renouvellement urbain », Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin, mai 2003, Edition CSTB.
Voir dans la rubrique Projets Européens pour les informations sur la démarche HQE²R.
- De l'écoquartier au quartier durable :
La seule gestion environnementale des ressources ne suffit pas à définir un quartier durable. Il s’agit alors de ce que certains appellent des éco-quartiers.
Voir à ce sujet le volume 3 de la d émarche HQE²R qui présente une analyse de projets de quartier durable en Europe réalisée principalement par Philippe Outrequin avec un soutien financier d’EDF R&D (ccv@wanadoo.fr).
Rappelons que de nombreux partisans de la démarche Haute Qualité Environnementale ou HQE® assimilent les bâtiments HQE® à des bâtiments durables (cf « La construction durable : une stratégie d’entreprise », rapport d’Utopies, mars 2005, page 10 ou les articles du CSTB par exemple).
Mais nous pensons que la prise en compte de l’impact des bâtiments sur l’envronnement (cf démarche HQE®) est un premier pas vers le développement durable mais ne constitue pas une démarche de développement durable puisque seul le pilier environnemental est pris en compte. La démarche HQE® est une démarche transversale concernant l’environnement puisque l’on tient compte des impacts économiques et sociaux des actions concernant l’environnement mais il ne s’agit pas d’une approche intégrée (ou de développement durable).
Dans la démarche HQE2R, chacune des 21 cibles a été analysée à la fois pour le quartier et pour les bâtiments. Par exemple les économies d’énergie en matière d’éclairage ont été analysées à l’échelle du quartier à travers l’éclairage public, pour les abords des bâtiments et à l’intérieur des bâtiments et des logements.
La réhabilitation des bâtiments existants doit aussi répondre aux objectifs de développement durable, que ce soit au niveau des bâtiments eux-mêmes ou de leur rôle et intégration dans le quartier : usage des bâtiments, impact en matière de diversité (mixité sociale, mixité urbaine), impact en matière de déplacements, de zone de chalandise, etc.
Il s’agissait également d’aller au delà des considérations techniques et d’intégrer l’objectif « Renforcer le Lien social », même si cet objectif intègre des notions ou critères différents selon le niveau de vie et les conditions de vie locales. Ainsi en Europe, il serait exagéré de parler de logements durables pour des logements délabrés (ou indécents) ou qui n’offriraient pas un minimum d’une pièce par personne, enfants compris. En effet des études sociologiques ont montré une corrélation importante entre les difficultés scolaires et le nombre d’enfants par pièce. De la même façon, tenir compte des besoins et demandes des habitants implique d’analyser les différentes fonctions d’un bâtiment (analyse qui n’est pas comprise dans la démarche HQE® française…) et donc de prévoir des espaces ou lieux de vie communs (réunions, espaces de jeux, espaces verts...). Ces espaces sont liés de manière directe à l’usage des bâtiments et doivent être intégrés dans les projets de réhabilitation « durable » (au sens du développement durable).
Il s’agit donc de concevoir, bâtir et / ou réhabiliter des bâtiments durables qui soient :
-
adaptables et flexibles en fonction des usages, des besoins dans le temps et des technologies : en effet les bâtiments doivent pouvoir évoluer en fonction des besoins des occupants et des opportunités ou besoins dans le quartier. Un bâtiment durable doit intégrer l’évolution de la taille des ménages, de l’âge des occupants, la possibilité de changement d’usages… De même, un bâtiment doit pouvoir s’adapter aux changements technologiques : ceux-ci seront nombreux dans les 80 ans de vie du bâtiment avec la venue des piles à combustible, de la domotique…
- économiquement rentables pour la collectivité (principe d’efficacité économique), celle-ci étant d’une part les usagers et acteurs principaux du bâtiment (propriétaires et locataires) mais aussi l’ensemble de la collectivité (cf. analyse en coût global partagé) ;
- qui intègrent les usagers et habitants des bâtiments : au-delà de l’environnement immédiat, les modalités d’aménagement du quartier doivent eux aussi faire l’objet d’une analyse. La qualité de vie dans le quartier, l’accessibilité aux services et aux équipements, la présence ou non de transports en commun (et la demande induite par le projet)… sont autant de critères à prendre en compte lors de la mise en œuvre du projet. De même la participation des habitants et usagers est une clef essentielle à la bonne marche d’un projet, en prenant conscience des besoins et de leurs attentes respectives ;
- qui optimisent l’usage de l’espace et la densité réelle (exprimée en terme d’utilisation et d’occupation humaine de l’espace) : le multi usage est privilégié face à l’usage unique du bâtiment (équipement de sport par exemple) ;
- qui maximisent la création locale de valeur dans le bâtiment et ses espaces résidentiels : espaces communs (sauna commun en Finlande par exemple), production locale de compost pour les jardins familiaux proches et intégrés aux espaces publics, création d’emplois de proximité…
- qui participent à l’éducation à l’environnement et à la formation des compagnons et des habitants ;
- ...
Source : Conférence européenne sur « L’intégration du développement durable dans les projets urbains », Cannes, février 2004
(cf. Edition La Calade, septembre 2004).
Les architectes adhérents à SUDEN connaissent la démarche HQE® qu’il ne s’agit en aucune façon de remettre en cause mais essaient d’aller au-delà et d’intégrer une démarche transversale dans leurs projets de bâtiments.
L’analyse des démarches suisses comme MINERGIE sur l’énergie, autichiennes comme la grille utilisée dans le Voralberg pour définir une construction durable, canadiennes comme GBC (Green Building Challenge), démarche reprise dans de nombreux pays européens, ou encore américaines comme LEED par exemple permettront sans doute de progresser vers des réhabilitations et constructions « durables »…
