Une nouvelle façon de penser et d’agir

L’intégration du développement durable dans les projets urbains est avant tout une démarche politique qui s’appuie sur une vision du progrès social ou du développement humain reposant elle-même sur la nécessité de mettre l’homme au centre des préoccupations.

La définition du développement durable donnée par Gro Harlem Bruntland dans son rapport de 1987 met l’accent sur toutes les solidarités : entre les individus d’une même ville ou d’une même région mais aussi entre les habitants de la même planète Terre, maintenant ou plus tard. La solidarité est indissociable d’une recherche permanente d’équité.

Le développement urbain durable s’appuie sur une participation accrue des habitants, usagers et acteurs socioéconomiques à la construction de la ville ; ils sont les acteurs de la démocratie.

Le problème à gérer aujourd’hui est celui de la complexité : complexité du vivant, de la ville, des acteurs, etc. Cette complexité ne peut être gérée qu’à travers la mise en commun des savoirs et des compétences, ce que nous appelons la démarche transversale ou systémique, mettant en avant les synergies entre les compétences de chacun et la transparence de la décision avec un souci d’évaluation.

La démarche systémique doit prendre en compte les interdépendances entre les éléments du vivant et de la nature et favoriser la diversité.
Une démarche de développement urbain durable est donc la mise en place d’une organisation, d’un mode opératoire reposant sur une démarche solidaire et équitable, participative et transversale. Il s’agit d’une démarche projet où la prise en compte des trois piliers du développement durable doit être faite de façon interdépendante et non juxtaposée.

Gouvernance

La « construction » d’un projet urbain durable demande de nouvelles formes de gouvernance. La multitude de cibles, les objectifs de performance, la durée du projet, les ambitions affichées d’une amélioration du cadre de vie, de la contribution de la ville aux grands enjeux de la planète, l’exemplarité de la démarche, etc. exigent un renforcement des partenariats tout au long de la mise en place du projet.

La maîtrise d’ouvrage doit associer dans un comité de pilotage les différents services des corps institutionnels (EPCI, agence d’urbanisme, Conseil général, autres communes, préfecture, etc.) afin de pouvoir avancer ensemble en tenant compte à la fois des orientations politiques locales et nationales et des évolutions réglementaires. Les associations concernées (et en particulier les associations de riverains dans le cas d’un écoquartier) participeront également à ce comité de pilotage. Ces associations de riverains donnent parfois du fil à retordre au maître d’ouvrage car il faut souvent les persuader que le changement proposé peut être bénéfique pour leur cadre de vie.

Les objectifs de performance et d’efficacité obligent à davantage d’ingénierie et d’implication de la part des maîtres d’ouvrage.

Dans cette gouvernance, les habitants ont un rôle important à jouer. Il n’est pas neutre de dire par exemple que les espaces publics ne doivent plus appartenir aux automobilistes mais aux habitants citoyens. Réduire la place de la voiture dans la vie de chacun d’entre nous demande de changer nos comportements en même temps que se modifient les formes d’urbanisation et l’organisation des déplacements. Accepter davantage de densité urbaine et réduire nos consommations d’énergie, d’eau demande aussi de changer nos aspirations et nos comportements en même temps que doivent se modifier les aménagements urbains – replaçant la nature au cœur des villes – et les systèmes constructifs lesquels doivent être mieux adaptés à l’évolution de nos besoins (et abordables).

La nouvelle gouvernance réside dans ce double mouvement : demander à chacun de changer son comportement exige aussi des décideurs d’adapter leur offre à nos besoins et, pour cela, la meilleure solution réside dans davantage de démocratie locale. L’art de gouverner un territoire consistera à partager les décisions avec ceux qui vivent ou qui vivront sur celui-ci.

La gouvernance de projet prendra par conséquent plusieurs formes :

  • a) Une organisation en amont tel qu’un comité de pilotage associant le maître d’ouvrage et des institutions publiques parties prenantes du projet (EPCI, établissement public d’aménagement, etc.).
  • b) Une concertation avec l’ensemble des riverains du projet et des habitants de la commune ou du territoire concerné.
  • c) Une concertation technique et des partenariats multiples
  • d) La coproduction de projets
  • e) L’écoconstruction
  • f) L’e-travail
  • g) La participation tout au long de la vie
  • h) Un objectif de qualité : éviter les points de rupture dans la chaîne des acteurs tout au long de la vie des projets

Concertation

La concertation se définit comme « un engagement du maître d’ouvrage (collectivité locale) à négocier avec les habitants. C’est aussi une forme de conciliation entre les différents points de vue. La décision reste l’apanage du maître d’ouvrage mais est prise à l’issue d’un processus de discussion.

La concertation doit être encadrée afin que les règles du jeu soient connues : il faut définir au préalable ce qui est discutable ou ce qui ne l’est pas, les contraintes de la négociation en termes financiers, de compétences, de temps.

Voir Développement durable et renouvellement urbain : des outils opérationnels pour améliorer la qualité de vie dans nos quartiers

La participation des habitants
La participation doit être un processus permanent et, en même temps, elle doit devenir en quelque sorte banale.

C’est un processus qui ne s’arrête pas à la construction d’un espace ou d’un projet mais qui doit se perpétuer tout au long de la vie d’un projet ou d’un quartier, lors des nouveaux aménagements, des changements d’usage, des réhabilitations d’équipements publics, etc.

A l’échelle du quartier c’est un processus qui doit devenir banal dans le sens où l’écoquartier n’est pas un territoire réservé aux militants mais un territoire sur lequel la démocratie locale doit s’exercer mieux qu’aujourd’hui, de façon automatique, à chaque nouveau projet, simplement.

C’est un état d’esprit qui exige des élus et des services techniques d’être davantage au service des populations.
Certaines collectivités, peu nombreuses, sont engagées depuis longtemps dans de tels processus.

Les pages 123 à 164 de Développement durable et renouvellement urbain : des outils opérationnels pour améliorer la qualité 00000de vie dans nos quartiers (Catherine Charlot-Valdieu et Philippe Outrequin, Edition L’Harmattan, 2006) détaillent plusieurs méthodes de participation utilisées en Europe

Voir également les documents sur la démarche HQE2R et notamment : synthèse HQE2R et Volume HQE2R n°2 ou la newsletter 3 ou encore Intégration du développement durable dans les projets d’aménagement, Edition La Calade, 2004)